Monsieur le Président,
Mon nom est Jerry Helmington. Je travaillais à la Prison de Lucasville, Ohio. J’étais chargé d’administrer l’injection cardiaque aux condamnés à mort. J’ai été poignardé il y a deux jours par un homme cagoulé qui voulait mon portefeuille. Là d’où j’écris, il y a une sorte de tribunal, où des hommes et des femmes sans visage décident du temps nécessaire à la Purification de nos âmes, qu’ils disent. La durée de ma « peine » s’élève à quatre-vingts ans.
Ils disent qu’aucun homme d’en bas n’a le pouvoir d’en tuer un autre au nom de la Justice. L’expiation des crimes doit mener au salut de l’âme et relève donc de leur ressort uniquement. Il est donc immoral et barbare d’après eux qu’un autre mortel souille son âme dans le but de décider du droit de vie d’un condamné.
Mais comment – je leur ai demandé, Monsieur le Président – comment accepter qu’un meurtrier survive à son crime tandis que sa victime y a succombé ? Ils m’ont parlé alors de la loi du Talion et de son intérêt bassement compulsif. Ils m’ont dit qu’il ne servait à rien de s’abaisser devant la noirceur de l’âme de celui qui a porté le poignard ou le pistolet en répondant par le gaz ou le poison.
Alors que faire, Monsieur le Président ? Avons-nous raison de garder la peine de mort dans nos lois constitutionnelles ? En avons-nous seulement le droit ? Chaque jour que l’un d’entre nous applique la peine capitale à un détenu, son âme se perd un peu plus. L’homme avilit l’homme, Monsieur le Président. Celui qui injecte le poison, celui qui juge et ordonne la sentence, celui qui tue… Cette spirale infernale est en train de perdre l’humanité toute entière.
Je vous en supplie, Monsieur le Président, pour le salut de centaines d’innocents dans notre pays, faites des congrès, cherchez des scientifiques, des philosophes, des politiciens et trouvez un autre moyen de punir ces criminels. La mort n’est sans doute pas la meilleure méthode de dissuasion. Car nous finissons tous un jour ou l’autre par mourir et comparaitre devant cet ultime tribunal.
Ceci est la seule lettre qui m’ait été autorisée d’envoyer. Je vous ai choisi comme destinataire car j’espère intimement que vous étudierez le témoignage posthume d’un homme qui a été abusé par son propre métier.
Puissiez-vous vivre avec la satisfaction d’avoir œuvré pour le salut de l’humanité.
J. Helmington.
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